Les chefs d’entreprise : Des hommes à abattre ?

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La crise financière au niveau mondial n’a échappé à personne. Mais indépendamment de cette crise, s’y rajoutera certainement dans les années à venir une crise purement luxembourgeoise. En effet, le budget de l’Etat luxembourgeois sera sans aucun doute difficile à boucler dans les années à venir.

A cet égard, il suffit de se remettre en mémoire les différentes discussions concernant l’éventuelle, voire l’inévitable abolition du secret bancaire, l’harmonisation des accises au niveau européen et la perte des recettes sur le tourisme d’essence qui s’en suivra, ainsi que les accords européens concernant la TVA en matière de commerce électronique. Le bouclage budgétaire s’annonce d’ores et déjà périlleux pour les années à venir.

Le Luxembourg s’est déjà retrouvé dans une situation comparable dans les années 70 : à l’époque, le pays était fortement dépendant du secteur sidérurgique et il fallait trouver des alternatives de toute urgence. Et les politiciens ont réagi bien et vite, en mettant en place un cadre légal permettant l’essor de la place financière luxembourgeoise.

Récemment, Monsieur Fontagné (le Monsieur qui a rédigé le rapport sur la compétitivité du Luxembourg) a affirmé à juste titre que le Luxembourg se trouve néanmoins dans une situation présentant des opportunités. En effet, grâce à sa petite taille et les chemins administratifs plus courts, il est nettement plus aisé de fixer un cadre légal propice au développement du pays.

Or, tout le monde s’accorde à dire que petites et moyennes entreprises constituent la moelle épinière de notre société. Cependant, force est de constater que la création d’entreprise, bien que souhaitée et promue par les pouvoirs publics, est un chemin du combattant. Il suffit de penser aux nombreuses obligations, procédures et autres formalités auxquelles le chef d’entreprise doit faire face, comme par exemple
– les délais d’attente pour obtenir une autorisation commodo-incommodo, dépassant parfois les 2 ans
– que bon nombre d’entreprises ne peuvent s’implanter dans un zoning industriel pour la seule raison que leur activité est considérée comme « non-éligible »
– la surcharge financière qu’apporte le statut unique à certaines entreprises en particulier aux entreprises artisanales et industrielles
– l’équilibre tout à fait relatif entre salariés et employeurs en matière du droit du travail
– etc

L’image du chef d’entreprise au sein de notre société n’est pas non plus la meilleure. Le chef d’entreprise est souvent considéré comme quelqu’un qui s’enrichit sur le dos de ses salariés et de ses clients. Les récents événements, notamment l’injections de sommes colossales des gouvernements à travers le monde entier dans des banques et autres multinationales n’ont certainement pas contribué à améliorer cette image.

Cependant, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : une grande partie des employeurs du Luxembourg sont des PME de type familial et les patrons de ces entreprises travaillent eux-mêmes au sein de leur société. Et ces patrons regardent leurs salariés dans les yeux chaque jour, connaissent souvent leurs familles, voire leurs enfants et ont parfois même grandi ensemble.

Même si cette image peut paraître quelque peu idyllique, une chose est certaine : une PME de type familial ne licencie pas sur décision d’une assemblée générale des actionnaires qui se tient à des milliers de kilomètres du lieu de travail. Non ! La majorité des chefs d’entreprise essayent d’éviter une décision de licenciement, endéans les limites du financièrement supportable, notamment parce qu’ils ont conscience du rôle social qu’il revêtent.

Mais imaginons un instant ce qu’un chef d’entreprise peut ressentir. D’un côté, on ne cesse de lui dire que les PME constituent la moelle épinière de notre économie. Mais d’un autre côté, on lui reproche de s’enrichir au détriment des autres, on lui octroie des réglementations parfois aberrantes, souvent longues et pénibles. De surcroît, en termes d’électorat, les indépendants représentent une quantité négligeable. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder le nombre de députés siégeant à la Chambre des Députés et qui sont (ou qui ont été) des indépendants, avocats et médecins mis à part. Ainsi, malgré que les PME représentent plus de la moitié du PIB de notre économie, ils ne représentent au sein de la Chambre des Députés, censée représenter notre société, qu’une partie infinitésimale. En toute honnêteté, qui peut en vouloir à un indépendant s’il rigole lorsqu’il entend la désormais célèbre phrase « Trau Dech ! ».

Comment remédier à cette situation que l’on peut considérer comme injuste? Comment faire en sorte que les entreprises soient également entendues au niveau politique ? L’attribution du droit de vote à toute personne sur l’entièreté du territoire luxembourgeois pourrait peut-être y remédier. C’est fait diront certains. Eh bien non, car les personnes morales de droit luxembourgeois (du type s.a. ou s.à.r.l. par exemple) n’ont pas le droit de vote. En donnant le droit de vote à toute entreprise employant du personnel, la simplification administrative, terme souvent utilisé à tort et à travers, se mettrait en place à la vitesse lumière. Et la raison en est toute simple : parce qu’en terme d’électorat, les entreprises ne seraient alors plus considérées comme une quantité négligeable !

Au vu de tous ces éléments, je ne puis m’empêcher de penser à la phrase de Winston Churchill : « On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire la charrette. »

Je suis conscient que le scénario du droit de vote pour les personnes morales est tout à fait utopiste et qu’il n’a aucune chance de se réaliser. Néanmoins, en cette période préélectorale, mon souhait est que tout un chacun soit conscient du rôle important que jouent les PME et que ce rôle sera croissant dans les années à venir. En conséquence, essayons de créer un cadre légal facilitant la vie des PME au lieu de leur imposer une législation de plus en plus contraignante. Car c’est bel et bien sur les PME que reposera l’essor de notre économie. Admettons enfin avec conviction que, par analogie à la phrase de Winston Churchill, ce sont les PME qui tirent notre économie.

Heiderscheid, en avril 2009